Arrêté à Vitré, il a survécu à l'horreur d'Auschwitz

Jacques Zylbermine est revenu devant la maison où lui et sa famille ont été arrêtés, le 17 août 1943.
A bientôt 83 ans, sa mémoire est infaillible et sa verve intacte. Ses souvenirs sont une mine d’or. Son témoignage toujours bouleversant.
Jacques Zylbermine est né en Pologne le 8 mai 1929. En mai 1940, après un passage de sept ans à Nancy, la famille de Jacques pose ses valises à Perros-Guirec. « Quinze jours plus tard, Rommel (qui était colonel) et ses troupes emménageaient à l’hôtel de Granit rose, où nous logions. » Jacques devient « la mascotte » des Allemands. « Grand, blond, j’avais tout du parfait petit Aryen ! »
« Vitré, dernier endroit où j’ai été heureux »
1941. La situation des juifs se complique. La famille Zylbermine s’enfuit à Vitré. Jacques, ses parents et ses deux sœurs vivent au 3 rue Sévigné. C’est là qu’ils sont arrêtés par la Gestapo le 17 août 1943. « C’est à Vitré que j’ai eu mes derniers petits copains. C’est le dernier endroit où j’ai été heureux. »
Déportés, Jacques et sa famille sont conduits à Auschwitz III, en Pologne. Séparé de ses sœurs, Jacques n’a plus jamais entendu parler d’elles. « J’ai appris plus tard que mon père a été gazé tout de suite à l’arrivée. Et je n’ai jamais revu ma mère. »
Au camp d’extermination de Buna-Monowitz, Jacques est le plus jeune. « Je me suis retrouvé à décharger des sacs de ciment. Dix à douze heures de travail par jour, sous les coups. » Les détenus survivent trois ou quatre mois en moyenne. Jacques Zylbermine passera près de deux ans en enfer. « Pourquoi j’ai survécu ? Je n’en sais rien. J’ai juste essayé de m’accrocher à la vie. Avec les mains, les ongles, les dents… Tout ce que je pouvais. »
Infiltré chez les révisionnistes
La réalité de la guerre et de la Shoah, il la connaît mieux que quiconque. Alors lorsqu’il entend des propos négationnistes, il réagit « par l’indignation pure et simple ». Pourtant, il connaît bien le milieu des révisionnistes pour l’avoir infiltré pendant trois ans. « Je voulais essayer de comprendre ce qu’il y avait dans leur tête. » Jacques assiste à plusieurs réunions de groupe. « J’aurais pu faire une belle carrière de révisionniste », plaisante-t-il.
Aujourd’hui, et depuis près de 15 ans, l’octogénaire, qui habite Paris, revient souvent en Bretagne. Vendredi 10 février, il tenait une conférence à Balazé devant 180 personnes. « Je témoigne pour ceux qui sont restés. C’est la moindre des choses que je puisse faire pour eux. Je le ferais aussi longtemps que je pourrais. »
Lire cet article complet dans le Journal de Vitré du vendredi 17 février 2012.