Boistrudan Allergique aux ondes, elle a fuit sa commune

Christiane Le Dauphin habitait Broistudan. Electro-sensible, elle vit aujourd’hui recluse dans le Trégor. Et milite pour obtenir une zone “blanche”, sans ondes, en Bretagne.

14/10/2013 à 13:09 par Julien Sureau

Pour rejoindre un électro-sensible, il faut s’éloigner du monde. Proposer une conversation téléphonique. Depuis une cabine France Télécom. Ou à partir d’une ligne fixe. Pour ensuite écouter une femme de cinquante ans. Meurtrie. Dans sa chair. Au bout du fil des sanglots dans la voix. Le seul moyen qu’elle a trouver pour apaiser ses souffrances : « marcher pieds-nus sur la terre ». Une histoire de fréquences.

Des problèmes neurologiques et circulatoires, des difficultés à se concentrer, etc. Les symptômes liés à l’électrosensibilité sont nombreux. Ils restent invisibles aussi.

« C’est un cauchemar, témoigne Christiane Le Dauphin. Longtemps, cette maladie, je l’ai masqué par des médicaments. Je m’en veux beaucoup à moi-même. J’aurais dû me protéger avant. »

« On a des îles pour protéger les oiseaux !  »

Jusqu’à cet été, cette infirmière de métier habitait à Boistrudan. Paisible village. En apparence.

« J’y ai vécu pendant deux ans et demi. Au début, ça allait. La situation s’est dégradée lorsque le wifi communautaire est arrivé. Une fois, j’ai même failli mourir. Trois personnes sont entrées dans ma maison. Ils avaient des mobiles. J’ai ressenti une déflagration dans le corps. C’est comme si on était mitraillé en permanence. »

« Comme une guerre invisible »

Début septembre, elle entame une grève de la faim. Alerte les pouvoirs publics et la presse. « On a des îles pour protéger les oiseaux ! Mais nous, quand est-ce que l’on va nous protéger ! », s’interroge Christiane Le Dauphin. Elle a quitté l’Ille-et-Vilaine en urgence. A rejoint le calme du Trégor. A dormi sous une tente pendant plusieurs jours. « Je n’avais plus aucune souffrance. La plus proche antenne était à cinq kilomètres. J’ai pu récupérer rapidement. » Le répit aura été de courte durée. « J’étais sur un terrain privé et j’ai été repérée. »

« Je parlerai jusqu’au bout »

Frédéric Wolff, porte-parole du collectif “Alertes Ondes 22”, vient de la prendre en charge et multiplie les initiatives pour lui trouver une solution d’hébergement adéquate.

« C’est inhumain ce que l’on vit. C’est comme une guerre invisible. Je suis comme une réfugiée », estime-t-elle.

Un projet de zone blanche en région Provence-Alpes-Côte d’Azur serait à l’étude. « Il faut arrêter l’opprobre et le mépris. Il va falloir prendre conscience qu’il y a urgence à trouver des technologies qui soient moins nocives. » En Bretagne, la région reste pour l’instant sourde aux appels à l’aide de Christiane Le Dauphin : « Je parlerai jusqu’au bout. J’ai trois certificats, les médecins sont tombés sur la tête. Je ne souhaite à personne ce qui m’arrive ».

Des logements vacants bientôt à disposition ?

L’idéal pour la Brétillienne serait de dénicher une « petite maison isolée », à l’écart de toute onde électromagnétique. Les conseils généraux d’Ille-et-Vilaine et des Côtes d’Armor ont été sondés : le collectif “Alertes Ondes 22” et le collectif “Une terre pour les EHS” (N. D. L. R., électro hypersensibles) ont proposé aux Départements de mettre à disposition le patrimoine immobilier et les logements vacants publics.

« Une course contre-la-montre »

« C’est une course contre-la-montre, souffle Christiane Le Dauphin. Il y a des appels dans toute la France. Il a fallu faire le deuil d’une vie sociale. J’ai des enfants, j’ai peur pour eux. Mon appel, c’est un acte d’espoir. C’est aussi un SOS… Il faut que les autorités réagissent. »

L’EHS, c’est quoi ?

Être électro-hypersensible (EHS), ça veut dire quoi ? Reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette pathologie nouvelle n’est pas traitée en France. Pourtant, ces symptômes empêchent les malades de vivre normalement dès qu’ils sont exposés aux ondes : vertiges, maux de tête, irritabilité, troubles de la mémoire et de la concentration, brûlures, douleurs musculaires, etc. Ils seraient en 2013 plusieurs milliers en France à devoir quitter les zones couvertes par la 2G, 3G ou wifi. Et à mesure que les “zones blanches” non exposées aux ondes électromagnétiques se réduisent, les EHS s’enfoncent dans la précarité et l’isolement.

Boistrudan, 35

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